Trappelune

Le grand figuier

Textes & musique : Trappelune
Il était un grand figuier
Qui donnait en toute saison
A qui voulait y goûter
Des fruits doux comme des bonbons.

Privilège du long cou,
La Girafe, en Reine, se réservait
Bien bronzées sur les deux joues
Les fruits murs du sommet.

Trois macaques obséquieux
Peu avares en révérences
étaient prêts à toutes les danses
Pour dîner pas trop loin des cieux

L'éléphant, juste en dessous
Long de trompe, sinon de cou
S'adjugeait en bon notable
Une part fort confortable

Plus bas, c'étaient les gazelles,
Délicieuses demoiselles
Qui d'un bond savaient cueillir
De quoi se ventre garnir.

Et ainsi à chaque étage,
Profitant du grand partage
Chacun pouvait faire ripaille
Selon son rang et sa taille,
Les petits comme les grands
Les maigres et les bedonnants
Les agités et les calmes,
Ceux à plumes et ceux à palmes,
Ceux qui se lèvent à midi,
Ceux qui dînent à minuit,

Jusqu'aux fourmis minuscules
Se léchant les mandibules
Et garnissant leur bidon
Des restes tombés à foison

Mais un jour, est-ce par caprice,
Gourmandise ou avarice
Dame Girafe se mit en tête
De faire plus bas ses emplettes

« Les fruits murs à ma portée
Ne me suffisent qu'à moitié
S'il me plaît de mieux dîner
Les autres n'ont qu'à jeûner.
Après tout je suis la Reine,
Qui pourrait m'en empêcher ? »
N'écoutant que sa bedaine,
Elle se gava sans compter

Les macaques dérangés
Eurent beau faire la grimace
Il leur fallu décamper
Et plus bas se faire une place

L'éléphant n'eut d'autre choix,
Sous peine de perdre poids,
Que de dîner lui aussi
Chez un voisin plus petit.

Et ainsi de proche en proche
Pénurie se répandit
Chacun allant faire les poches
A plus démuni que lui.

Résultat : en bas d'échelle
La famine s'installa
Courants d'air dans les gamelles
Colère dans les estomacs.

Ne voyant jusqu'à leurs pieds
Plus rien tomber du figuier
Les fourmis, criant famine,
S'attaquèrent à ses racines

Elles y mirent tant d'ardeur,
Énergie du désespoir,
Qu'un beau jour sous leurs clameurs
Sur le sol on le vit choir.

Adieu trône et panacée
Plus de figues sans figuier !
Édifice mal gouverné
Ne demande qu'à s'effondrer …
L'empereur nouveau venu
promptement auto-promu
Au moment de s'investir
Ferait bien d'y réfléchir